Tradition et passion

Changement de décor et escale au Japon pour ce nouveau billet ! On reste dans le polar parsemé de zestes de culture !
Né en 1902 à Kobe, Yokomizo Seishi (横溝正史) fait sa première incursion dans la littérature, en tant qu’écrivain, en 1921. Il n’a que 19 ans et un premier livre en considération. Cependant, il continue ses études de pharmacien à Osaka jusqu’à l’obtention de son diplôme en 1924. En 1927, il devient rédacteur en chef du magazine « 新青年 » (New Youth). Cette publication donne leur chance à des auteurs de nouvelles policières. Elle est très populaire parmi la jeunesse urbaine et les intellectuels. Toutefois il continue en parallèle l’écriture en plus de porter la casquette de traducteur.
S’en suivent une période de maladie et la guerre qui auront des répercussions sur sa productivité. Mais après la Seconde Guerre Mondiale, Seishi Yokomizo publie librement un roman policier. En 1948, il décroche une récompense pour son travail de romancier « noir ».
Sa notoriété grandit avec le temps et il devient l’écrivain du genre le plus lu au Japon. Mais il aura aussi côtoyé des grands tels que Edogawa Ranpo (江戸川 乱歩 , pseudonyme de Taro Hirai 平井 太郎). Comme d’autres auteurs de romans policiers, Seishi Yokomizo a son héros. Ce dernier s’appelle Kindaichi Kosuke, un détective d’apparence banale qui approche de la quarantaine.
Plusieurs de ses livres ont été adaptés au cinéma dont la hache, le koto et le chrysanthème (犬神家の一族).  Et ça tombe bien puisque justement, je vais parler de ce dernier.

Février 1949, Inugami Sahee, magnat de la finance et roi de la soie japonaise décède. Comme à toute mort de personne aisée, un héritage conséquent est en jeu. L’un des hommes de l’étude gérant la succession du défunt envoie une lettre à Kindaichi Kosuke. Dans cette dernière, il le presse de se rendre à Nasu, ville de la famille Inugami. D’après lui, l’ombre des meurtres plane dans la résidence. Il faut dire qu’entre les enfants cupides et les petits-enfants qui s’entredéchirent ou même qui sont portés disparus mais réapparaissent comme par miracle pour la lecture du testament, les assassins potentiels ne manquent pas. Chacun a une bonne raison de vouloir sa part et de prendre au passage celle des autres. L’argent est plus fort que les liens du sang. Sans compter que le chef de famille ayant rejoint l’autre monde, les rancoeurs, les mauvais sentiments et la colère peuvent s’exprimer. Librement ou subtilement. Les actions se succèdent avec précision comme dans une pièce de théâtre. L’ère moderne et les traditions, vestiges d’un Japon ancien se mêlent dans une fresque magnifiquement sanglante jusqu’au dénouement final.
Mon avis : Avec cet ouvrage, Seishi Yokomizo nous plonge dans un univers, qui bien que contemporain, évoque le Japon ancien. Allusion au kabuki, aux instruments traditionnels comme le koto ou à l’art compliqué qu’est l’ikébana. Mais au-delà de ça, je trouve que la hache, le koto et le chrysanthème possède un caractère atemporel. Même si des dates nous sont données, l’action peut être transposée plus tard. Il n’y a rien de figé dans une époque. Ce point donne une force au livre et permet de s’y plonger facilement. Pas besoin de faire d’énorme effort pour s’imaginer une période.
Le raffinement et l’esthétisme sont de rigueur, détails absents pour moi dans les polars occidentaux. Les meurtres ne ressemblent en rien à des boucheries, bien au contraire (On dirait que plus c’est trash, mieux c’est parfois. À part chez Hitchcock.). Ici, tout est soigné comme si on parlait d’un tableau, d’une oeuvre empreinte de beauté. Ce point révèle pour moi, une différence culturelle ainsi qu’une autre vision du meurtre. Pourtant, ça peut sembler dérangeant de comparer des assassins à des esthètes. Après tout, c’est admettre que le crime peut être sublimé par son auteur, la victime devenant une sorte de support.
Cependant les intrigues ne pâtissent pas de cette particularité. Au contraire, elles s’emboitent parfaitement les unes aux autres permettant de bien maintenir le suspense. En somme, un livre qui se lit bien. Le rythme peut paraître lent mais ça ne gâche rien, selon moi. Au contraire, ça accentue l’idée de démêler les fils de l’histoire. Les personnages sont tous très spéciaux, à tel point que la famille semble particulièrement gratinée.

Une petite citation, histoire de vous mettre dans l’ambiance :

Tandis que l’avocat articulait lentement chaque mot, son regard faisait le tour de tous les assistants. Il commença par Sukekiyo pour arriver en dernier sur Kindaichi Kosuke sur lequel il s’arrêta. De ses yeux, l’inquiétude, l’angoisse, la peur et aussi une certaine prière débordaient comme une inondation.
Kindaichi Kosuke approuva d’un léger signe de tête. Puis, son regard se posa sur le testament que tenait l’avocat et il ne put se défendre d’une certaine angoisse. Il lui semblait que du sang en jaillissait.

En accompagnement de votre lecture, je vous suggère l’écoute des Yoshida brothers (吉田兄弟), virtuoses du shamisen qui lui ont donné une touche de modernisme ! C’est parfait pour l’ambiance :) !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s