Des cercueils trop fleuris

Auteur de polars, Yamamura Misa (山村美沙) est née à Kyoto en 1934. Elle fait ses études à l’université de Kyoto et y passe son diplôme en 1957. Dès lors, elle enseigne dans une école primaire de sa préfecture natale avant de démarrer ses activités d’écrivain. La créativité semble un trait de caractère familial. Ainsi son mari, Yamamura Takashi (山村巍) ancien professeur de mathématique est connu pour ses nombreux tableaux, en particulier les portraits de son épouse.
La notoriété de Yamamura Misa au pays du soleil levant rivalise avec celle d’Agatha Christie. Des chaînes  ont diffusé des séries inspirées de ses romans comme TV Asahi (avec Maiko-san wa Meitantei!), Fuji (pour Kyōto Gion irimuko keiji jikenbo series) ou TV Tokyo (et Yamamura Misa suspense Kyoto – Geiko satsujin jiken Furin chōsain Katayama Yumi 3). L’action se déroule souvent à Kyoto, une ville réellement chère au coeur de l’écrivain.
Il existe aussi des jeux sur Nintendo et sur PC reprenant ses enquêtes ainsi qu’une série télévisée sur elle diffusée en 2006 sur NTV. Vous l’aurez compris, même si elle est décédée en 1996, ses œuvres et son univers perdurent ! Et j’arrête de m’égarer sur l’auteur pour parler du livre concerné.

 Miss Catherine Turner, étudiante et fille du vice-président des États-Unis, accompagne son père durant sa visite officielle au Japon. Mais alors que ce dernier n’est que de passage, la demoiselle est bien décidée à rester afin d’en apprendre davantage sur la culture japonaise. La présence d’une telle invitée met à rude épreuve le ministre des affaires qui cherche à tout prix le garde du corps idéal. Finalement, il se rabat sur son neveu, Ichihiro Hamaguchi. Les consignes de l’oncle sont claires, pas de romance et ne pas créer d’incidents diplomatiques. Cependant la passion de la jeune femme pour l’ikebana s’avère être une source potentielle de problèmes. Invitée chez l’oncle de Ichihiro, elle rencontre trois maîtres représentant chacun une école d’ikebana : Ryufu Togo pour Higashiryu, Ho Nishikawa pour Kyoryu et Hanako Yamano représentante de Shinryu.
Parmi ces écoles, elle doit choisir celle dans laquelle elle effectuera son apprentissage sachant que les écoles d’ikebana sont étroitement liées à la politique. Alors que la femme du ministère des affaires étrangères, la fille du premier ministre japonais, quant à elle, appartient à l’école Higashiryu. Chacun veut s’attirer les faveurs de la jeune américaine pour la reconnaissance. Petit à petit, Miss Turner pénètre dans le milieu des écoles d’ikebana et le voile se lève. Meurtres, arrangements pas forcément légaux, manipulation…
Mon avis : Des cercueils trop fleuris offre un petit voyage dépaysant à Kyoto. En suivant Miss Turner,  occidentale néophyte, durant son séjour, on découvre des traditions et des conventions japonaises. Même si ce n’est pas un grand roman policier à mon goût, cette facette du livre est compensée par autre chose. Je trouve qu’on ressent l’amour et la passion que Yamamura Misa avait pour sa ville et ses traditions qui ont perduré. Si quelques descriptions peuvent paraître longues, elles sont néanmoins nécessaires. Surtout pour saisir la subtilité de l’ikebana et la réflexion derrière les compositions. C’est d’ailleurs sans conteste la partie la plus intéressante du livre. Quelques évolutions de l’histoire ne sont pas surprenantes, ainsi on ne s’étonnera pas d’un rapprochement entre l’Orient et l’Occident.
Un petit extrait :

À côté, l’arrangement de l’école Kyoryu était d’un pur classicisme. Les fleurs s’épanouissaient sur le fond d’un ancien poème chinois calligraphié sur un rouleau de soie, tandis qu’un encensoir placé délicatement sur le côté apportait la touche d’asymétrie indispensable à l’esthétique japonaise traditionnelle. Des fleurs de magnolia ocre, des filipendules vert pâle et des tulipes rouges artistiquement ordonnées retrouvaient comme par enchantement une harmonie naturelle pleine de  fraîcheur et de grâce.
— Dans la douce lumière du printemps qui s’éveille, les fleurs de magnolia ont l’innocence d’un enfant qui découvre le monde, expliqua Ho Nishikawa. Dans le prolongement de leurs pétales, les petites branches chargées de fleurs blanches ouvrent sur l’univers du rêve, tandis que les lianes tombantes des filipendules apportent un élément de paix et d’équilibre sur le fond contrasté des tulipes carminées.

Il existe de nombreuses écoles d’ikebana plus ou moins anciennes comme Ikenobô (site internet), Ryusei-ha (fondée en 1886) ou encore Katurakoryu (桂古流).
Possédant une origine bouddhiste (et donc religieuse puisque le point de départ sont les offrandes), on se rend compte qu’il est devenu avec le temps un art profane pratiqué aussi bien au Japon que dans les pays occidentaux.
S’il reste encore très utilisé pour des nombreuses occasions, il ne fait plus partie des pré-requis que les jeunes femmes doivent posséder pour se marier (même si je pense que les familles conservatrices doivent adorer avoir une belle-fille qui maîtrise l’ikebana). Pour les curieux, voici un article intéressant parlant en profondeur de l’ikebana : ici !
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