Comme des pandas

Toujours Shanghai mais avec un autre visage. Celui-ci est dépeint par Mian Mian (棉棉) dont le vrai prénom est Wang Xin (王莘).  Née à Shanghai en 1970 dans une famille d’intellectuels. A 15 ans, ses professeurs lui conseillent des lectures venant d’auteurs très différents : l’un lui suggère de lire du Marx alors que son professeur d’art propose Freud. À 16 ans, elle commence à écrire et quitte le lycée en 1987.

De 1989 à 1994, elle passe 7 ans dans une ville du Sud de la Chine avant de revenir à Shanghai. Après une cure de désintoxication, elle se remet à l’écriture tout en officiant comme DJ au Cotton Club de Shanghai. En 1997, elle publie des nouvelles dans des magazines littéraires dont Xiao Shuo Jie. Sa vie et ses expériences lui servent de matière pour ses écrits et elle devient le premier écrivain chinois à parler de la drogue et de la vie des drogués.

En juillet 1997, avec l’aide du New Century Publishing House basé à Hong Kong, elle publie son recueil d’histoires courtes, La la la (啦啦啦). Mian Mian a connu la censure en Chine et a été interdite de publication pendant plusieurs années. Son roman, Les bonbons chinois, (Táng糖) a été publié dans de nombreux pays européens (Allemagne, Espagne, France, Pays-bas, Italie etc) ainsi qu’aux Etats-Unis. En 2003, c’est au tour de Panda sex (熊猫) d’être publié.

Résumé : Mei Mei et Jie Jie, les deux soeurs filmées par l’Acteur, sont atteintes du «virus du panda», animal totem qui ne fait l’amour que deux fois par an. Autour d’eux gravite le petit monde de la « scène » shanghaïenne. On court les bars, les fêtes, les vernissages.. Enchaînement d’instants qui esquisse le portrait d’êtres réels, une bande cosmopolite où Chinois, Européens, gens de Hong Kong ou Américains côtoient les Shanghaïens. Ils parlent, ils parlent, de tout, mais surtout d’amour et de sexe.
Tous souffrent du syndrome de mélancolie, le grand mal de leur génération : comme celui du panda, c’est de un de ces virus qui, « lorsqu’ils existent depuis de nombreuses années peuvent prendre le nom de culture »

Mon avis : Avec cette lecture, j’ai découvert à la fois Mian Mian et une maison  d’édition, Au diable vauvert. Mais en ce qui concerne  Panda sex, c’est un de ces romans déroutants. Pas tellement par le fond mais par la forme. Comment dire… J’ai eu l’impression de lire un mélange de pièce de théâtre, script de film et roman. Ça surprend. Parfois, c’est un peu difficile à lire, on peut se perdre.  Dans cet espèce d’hybride, on nous promène dans Shanghai. La localisation des lieux est si détaillée qu’on a le sentiment d’être sur place, d’appartenir à ce monde qui évolue sous nos yeux. Et puis, il y a l’acteur qui filme comme pour emprisonner chaque scène. Une se veut, d’ailleurs, ‘amusante’ car Mian Mian intervient.

Le fait que peu de personnes aient une réelle identité, m’a aussi troublée. ABC, K., la sponsor mais vers la fin, on commence à lire Mario, Anto, Frank…  Dans le cas des soeurs, Mei Mei (petite soeur 妹妹) et Jie Jie (grande soeur 姐姐) permettent surtout de situer leur lien familial. Parmi ce petit monde, Mian Mian nous balade comme si nous étions présents, si nous étions des témoins silencieux de ce monde sans illusion. Les gens sont mystérieux, insaisissables. On se demande si quelqu’un croit encore en l’amour, si quelqu’un croit encore aux relations et le sexe semble plus là pour maintenir maladroitement les liens entre les êtres. Qu’ils soient étrangers ou shanghaiens.  Le « virus du panda » (animal connu pour sa faible activité sexuelle ce qui pose des problèmes en terme de reproduction), comme l’appelle l’écrivain, se propage.
Il y a une profonde tristesse dans les personnes que l’on rencontre.  Le bonheur  est un sentiment fugace qu’il faut savoir saisir rapidement. Et puis, une ombre discrète suit les pensées des personnages, celle de la mort. Il faut dire que le thème est assez présent, un enterrement ouvrant le livre, un décès se trouvant en plein milieu. J’ai trouvé que chaque personnage paraissait en recherche.
Panda Sex m’a fait penser à certains livres de Ryû Murakami (surtout à Melancholia, Thanatos et Ectasy) à la fois à cause de l’univers mais aussi dans la façon que les personnages ont de faire des introspections et réfléchir sur leur environnement.
Quelques citations :
K. : L’amour, c’est la guerre froide. Les amants des espions : Tout pour la galerie, impossible de s’y fier.

Jie Jie : Je me suis aperçue pendant l’enterrement que ses amis étaient tous incapables de dire ce qu’ils ressentent avec des mots.
Jie Jie : Ils savent parler mais pas exprimer leurs émotions.
L’acteur : K. pense exactement la même chose. C’est pour ça qu’elle est si seule aujourd’hui.

L’acteur : Quand on a le coeur en miettes, cela fait mal partout, je n’arrive pas à déterminer quel morceau est brisé. C’est comme les assiettes : elles se cassent toujours à partir de petites fêlures qui deviennent des crevasses.

 Saining : L’amour est en soi une mascarade. Pourtant certains masques ne servent pas à tromper, ils correspondent à ce que l’on ressent.

Panda Sex, 17€
Au Diable Vauvert
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