Enfants des rues

Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un livre jeunesse et mes lectures étaient très différentes de celle-ci. J’adorais Indiana Jones Junior, Ivanhoé, les Trois Mousquetaires, etc… L’univers était donc très loin de celui d’Enfants des rues.

 

Résumé : « Je ne sais pas où Gugu m’emmène, je ne sais pas non plus si j’aurai un endroit où dormir. J’ai encore un peu mal au ventre, et j’ai l’impression d’avoir quelque chose de coincé en travers de la gorge. Mais j’aime tellement les voir et les entendre prononcer ces mots : « dans la rue ». Peut-être que je fais déjà partie de ces enfants des rues, qui sait ? »
Un collégien en rupture de ban, perdu dans les rues de Taipei après s’être enfui de chez lui, se retrouve mêlé à une sordide histoire de machines à sous. Il va faire l’apprentissage de la marginalité au milieu d’autres adolescents cassés par la vie, à l’image des épaves automobiles où ils ont élu domicile.

Mon avis : Le livre est divisé en 29 chapitres courts voire très courts puisque certains font à peine une page. Les titres correspondent à un élément central développé tout au long du chapitre. Dès les premières pages, le ton très dur est donné.  »Prologue d’un zombie »,  »Communiqué de la décharge », ces jeunes dont Ta-Ch’un Chang va nous raconter l’histoire, ne semblent plus humains. Ce sont ces êtres que Hou Shichun rencontre involontairement. Ils sont différents. Shichun a une famille, un toit, une sorte de point de retour que les autres ont perdu et envient. Au travers de ces regards croisés, on a le sentiment que le collégien se voit dans un film d’action. Au début, il ne réalise pas, les histoires des « grands frères » ou des « grandes soeurs » sont des évènements croustillants. Il est étranger à tout cela et n’hésite pas à qualifier leur vie de cool. Les autres le gardent par obligation, parce qu’il connait un secret. Et comme lui dit Oncle Xu, plus tu connais de secrets, moins tu peux retourner chez toi. Il faut dire que cette bande baigne quotidiennement dans la violence. Une violence retranscrite à la fois par le langage familier et les images souvent fortes. Celle de la décharge mais aussi la comparaison avec les chiens errants ou encore les morts relatées.

Entre un père infidèle flambeur qui abandonne sa famille et une mère préoccupée par son travail, Hou Shichun ne semble pas avoir sa place. Je me suis demandée si en fuguant, il ne cherchait pas une famille. Un groupe au sein duquel il aurait vraiment sa place. Des gens dont il ne doutera pas. Et durant une errance longue, l’adolescent grandit, change. Son innocence disparait pour laisser place à la conscience de la rue. Ta-Ch’un Chang n’essaie pas de diaboliser la société ou ces jeunes à la dérive. J’ai aussi eu l’impression qu’il essayait d’être le plus juste et neutre possible. Il nous montre simplement à travers les yeux de son protagoniste, la vie des enfants de rue et comment un adolescent peut se retrouver pris dans ce cercle vicieux : famille dysfonctionnelle, police corrompue, affrontement de bandes. En lisant la table des matières, on peut penser qu’il y a une lumière au bout du tunnel, de l’espoir quelque part mais ce n’est qu’une impression. Et si le livre se finit par « Oublier », on peut se dire que c’est sans doute le voeu le plus cher de ces jeunes.
Un roman pour adolescents (plutôt 15 / 16 ans, je trouve) et – jeunes adultes – qui nous plonge dans un quotidien que les enfants des rues, qu’ils soient à Taïwan, au Brésil ou même dans nos contrées, connaissent.
Quelques citations au passage :

Je reste debout dans la ruelle. Je ne sais pas où aller. Ni pour combien de temps je pars. C’était le début. Beaucoup plus tard, j’ai appris ça : quand quelque chose commence, ça ne s’arrête jamais. Jamais.

[…] le passé est une loterie, un souvenir sort le premier, il n’est pas le plus important, il ne suit pas la chronologie, il se contente de sortir, c’est tout. Ce souvenir qui resurgit, tu as envie de le raconter et puis il t’aide à récupérer le fil. Peut-être tous les souvenirs renferment-ils de la tristesse, du bonheur ou un autre sentiment, mais une chose est sûre : celui que tu livres en premier est forcément un souvenir derrière lequel tu pourras te cacher, pour qu’on ne te retrouve pas.

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