Agence Black Bafoussa

Et c’est un petit tour du côté de la littérature africaine avec un polar d’Achille F. Ngoye, pour commencer les billets de lecture de 2011 !

Résumé : Comment Danga faisait-il pour entretenir sa poule et mettre de l’huile de palme dans ses feuilles de manioc  ? Et pourquoi s’est-il fait descendre dans son appartement de la banlieue parisienne ? On s’interroge aux Peupliers. Bien sûr, le guignol n’était pas tout rose : opposant notoire de Pupu Muntu, dictateur indéboulonnable du Kalina, il avait quelques ennemis. Suspect number one : Jim Bafoussa, compatriote et ami du défunt. Il n’avait pourtant pas la tête d’un sorcier pour zigouiller un vieux frère… Mais les faits sont là et l’inspecteur Mayotte a beau se procurer le guide L’Afrique à Paris, il n’est pas très avancé.

Mélange d’argot (keume, reube), d’anglais déformé (bicause), de langage familier (merluche) parsemé ici et là de termes africains (bwana = qualifie les colons blancs, toubabesse = blanche), voilà comment m’est apparu le style de Achille F. Ngoye. Patchwork, métissé mais toujours tendencieux et incisif. Je l’ai aussi trouvé très « masculin » dans le sens où il n’y a pas un personnage féminin qui rattrape ses comparses (je vous épargne les petits noms qui leur sont attribués).L’intrigue très dense se déroule sur fond d’affrontement et magouilles mais aussi d’une certaine rancoeur envers les blancs de la part de certains personnages. Danga considère que le sida a été causé par les blancs et derrière ses actes, il cache une idée redoutable. Sauf qu’il n’aura pas le temps de la mettre entièrement à exécution. En enquêtant sur sa mort, les inspecteurs mettent en lumière un monde où il faut se méfier de ses associés, où les amis sont davantage des ennemis et où chacun s’occupe d’abord de sa peau. Avec la loi du silence et les changements rapides du milieu, c’est sûr que le guide de l’Afrique à Paris n’est d’aucune utilité.

Mais Afrique ou banlieue parisienne, l’auteur semble nous dire que les problèmes des africains sont identiques dans les deux endroits. Je me demande si en utilisant le Kalina (ancien quartier blanc de Kinshasa, Congo), Achille F. Ngoye ne veut pas aussi dire, d’une certaine façon, que les êtres humains peuvent partager des vices similaires. Dans le livre quand la tournure se fait plus politique, le quai d’Orsay se montre plus frileux. On veut des têtes cependant, si un diplomate est impliqué, ça embarrasse.

Si j’avais une chose à reprocher à l’histoire, ce serait le nombre d’enquêteurs. Ils sont 4 et avec les surnoms, je n’ai pas arrêté de m’embrouiller avec 2 personnages. Lorsque Jacques Mayotte a fait son apparition, je me suis demandée d’où il sortait. Il manquait à mon goût, une certaine clarté qui m’aurait aidée pour les dialogues, savoir qui parle exactement à qui. Du côté des « meurtriers »,  j’ai trouvé que les personnages étaient plus faciles à suivre. Mais le roman comporte de nombreux acteurs,  ce qui peut être gênant bien que chaque étape permette d’en apprendre davantage.

Un roman intéressant par son côté métissé mais pas forcément accessible et parfois trop chargé à mon goût.

Et pour les intéressé(e)s, il y a une interview d’Achille F. Ngoye sur l’Ours Polar : ici

Une petite citation reflétant bien l’atmosphère du livre selon moi

— Des pantins. Comme dans ces rites immuables de sacrifices humains : batteurs de tam-tam et danseurs au parfum se dépensent des heures durant dans une sorte de folle farandole. Méconnaissables par leurs masques, ils chantent, tournoient, déversent des tonnes de sueur. Sans trahir leurs sentiments  : ils connaissent la victime. Sacrifiée pour une raison irrationnelle de notre point de vue…

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