Shamini Flint : Enquêtes en Asie

C’est enfin l’heure de se remettre dans le bain. Je m’étais dit que je le ferais bien avant mais ces derniers jours m’ont coupé toute envie de bloguer. Pourtant ce billet traine dans mes brouillons depuis un bon moment. Amatrice de romans policiers et de littérature asiatique, je souhaitais parler des romans de Shamini Flint, une auteure que j’affectionne depuis la lecture de Meurtre en Malaisie.

shaminiflint_livresCette ancienne avocate devenue écrivain plante ses intrigues dans le sud-est asiatique, choisissant des pays parfois un peu mis de côté dans ce genre littéraire. Singapour, Malaisie, Indonésie, Cambodge, des destinations de cartes postales dont elle nous montre un autre visage. Problèmes de société, religion, famille, comportement des expatriés, justice, corruption, écologie… Au travers du regard de son protagoniste, l’inspecteur Singh (sikh, en surpoids et amateur de bonne chair à tel point qu’il pourrait être un cousin éloigné du Docteur Porc de Tran-Nhut), elle nous dépeint des mondes complexes sans pour autant tomber dans les clichés.

S’il y a aussi deux qualités que j’apprécie dans ses romans : c’est leur justesse et l’absence de jugement manichéen. Tout est en nuance en somme et il est aussi, parfois, difficile de ne pas éprouver de la compassion pour les criminels, de ne pas s’interroger sur leur décision et se projeter. Quant à l’inspecteur Singh, il ne cesse de rappeler la complexité des êtres humains, même s’il montre un faible pour les femmes avec un fort caractère. La plupart des personnes, qu’il rencontre, le jugent sur son apparence avant de s’en mordre les doigts, lorsqu’il commence à creuser et découvrir leurs secrets et manigances. Cet excellent policier, dénué de toute ambition au grand dam de son épouse, nous plonge aussi dans les coulisses de la police singapourienne, de la coopération internationale (lors d’un attentat terroriste) et la complexité des affaires lorsque plusieurs nationalités sont impliquées (affaire de meurtre concernant un couple mixte aussi bien ethniquement que religieusement).

Pour apprécier ces enquêtes, il faut d’abord jeter ses préjugés à la poubelle et les aborder avec l’esprit ouvert, mais cela en vaut la peine !

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Mon père Noël est bédéphile #2

Dans 19 jours, ce sera Noël. Ce sera déjà Noël. Les jours passent vite, le froid -enfin l’humidité- s’installe aussi doucement, l’occasion de se retrouver en famille approche, la question des cadeaux se posent pour certain(e)s… Et si vous avez des amatrices/amateurs de comics parmi vos proches, c’est aussi le moment de leur faire découvrir de nouveaux auteurs.

Avec tout ça, j’avais envie de prendre le temps de dépoussiérer les murs et de faire un billet pour, encore, parler de comics et BD indépendants.

Plutôt que de céder à la tentation de certaines enseignes, prendre le temps de fouiller des plateformes comme Big Cartel, Etsy ou Storenvy permet de trouver des artistes que vous ne croiserez jamais dans ces boutiques très connues (qu’il s’agisse d’un « tout en ligne » ou d’un magasin en dur).

Après un tour sur Storenvy, voici une petite sélection d’histoires et de graphismes variés :

comicsgift_20141. Dragon Heir : Reborn, Emma Vieceli – 18$
2. This tastes funny, maiji’s lovely little shop – 15$
3. First, art by Lanny – 6$
4. How was your day ?, collectif (preview ici) – 15$
5. Karnival Gate #1, Tegami Den – 10,33$

Petite précision pour les allergiques à l’anglais : à l’exception de Karnival Gate disponible en français ou en anglais, tous les autres sont anglais.

Et vous, quel titre d’un artiste peu connu recommanderiez-vous comme cadeau de Noël ?

Coeurs à vendre

Pour les amateurs de bandes dessinées, Tumblr révèle quelques surprises. Au détour d’un reblog sur son dashboard, on peut croiser de bien jolies créations. Sous leur forme papier, elles sont, le plus souvent, imprimées aux frais des artistes qu’ils soient étudiants ou dessinateurs-auteurs indépendants.

C’est donc au hasard d’une illustration rebloguée que j’ai découvert l’univers de Miyuli, une étudiante allemande en animation. Sur internet, elle publie un webcomic sur smackjeeves, Lost Nightmare et en début d’année 2014, elle a présenté sa bande dessinée, Hearts for Sale. Il en existe deux versions : une papier et une numérique pouvant être lue sur son Tumblr.

heartsforsale Lire la suite

Ecoute-là

Auteur, entre autre, du très connu Le vase de sable, adapté en film par Yoshitaro Nomura et en drama – de 11 épisodes en 2004 et un tanpatsu en 2011 sur TV Asahi – , Matsumoto Seicho fait partie des grands noms de la littérature policière japonaise. Enfin je ne vais pas parler de cet ouvrage mais d’un autre…

La Voix publiée chez les éditions Philippe Picquier se présente telle une sorte de recueil de récits policiers comprenant dans l’ordre : le Complice, le Visage (Kao 1956), Au-dessus de tout soupçon, le Roman-feuilleton, la Voix (Koe 1956) et la Collaboratrice d’une revue de haïkus. Plus ou moins courtes, les intrigues s’avèrent toutes très efficaces offrant parfois des fins ou des passages plutôt surprenants.

Dans un Japon fin des années 40 et des années 50, représentants de commerce en quête de réussite et d’un changement de train de vie, employé de banque, standardiste, acteur aspirant à la gloire, hôtesse attendant le retour de son mari, militaire prisonnier, et j’en passe, forment cette faune de criminels. Une faune ordinaire, banale qui se fond dans la foule quotidienne. A la fois, coupable et victime dans certains cas, ils se retrouvent entraînés à commettre le pire. Lourd secret à protéger, vengeance, appât du gain, jalousie, les motifs varient selon les individus. Cependant si tous prennent des précautions pour mener à bien leur méfait, allant parfois jusqu’à attendre plusieurs années, la machine finit toujours par dérailler et la vérité, par être révélée. Parfois il suffit d’un détail, d’une obsession pour qu’un apprenti journaliste ou qu’un romancier résolve le mystère. D’autres fois, le criminel commettra un faux pas devant un témoin, toutes ses précautions volant en éclat.

Des 6 récits, mon préféré reste la Voix. A la fois, parce que l’histoire se base sur la mémoire auditive de Tomoko, standardiste puis femme au foyer, et à la fois pour l’habile construction des alibis des meurtriers. Contrairement aux trois premières histoires, où le lecteur connait les intentions et les projets des protagonistes, les trois derniers laissent la part belle aux enquêteurs. Dans le cas de la Voix, où un crime est commis pour en préserver un autre ayant eu lieu trois ans plutôt, le lecteur est placé du côté de la police. Et même si nous avons un avantage en connaissant le mobile du crime, réussir à imbriquer toutes les pièces de l’engrenage n’est pas évident.

En somme, une lecture agréable à conseiller aux amateurs du genre policier.

Mon père Noël est bédéphile #1

Après une absence – je ne procrastine pas, je me laisse juste facilement déborder par autre chose, je le jure ! Bon peut-être que je procrastine aussi un peu, j’avais envie de reprendre le blog en parlant comics indépendants. Qu’ils soient les versions papiers de webcomics ou des productions uniquement papiers, ils restent toujours intéressant à découvrir. Je vous proposerais donc une petite sélection de comics jusqu’à début décembre pour les bédéphiles et celles/ceux qui ont des ami(e)s bédéphiles. Pour les curieux, j’avais déjà fait un article sur FleurdeCannelle avec des liens de quelques bandes dessinées trouvables sur Etsy.

Avec Noël qui approche doucement, c’est l’occasion de suggérer une petite idée, vous savez, mine de rien… D’autant plus que les frais de port vers la France de certains sites peuvent rebuter un achat plaisir et spontané, c’est donc une raison supplémentaire d’envoyer un message subliminal – ou de faire des yeux de Chat Potté !

imageperenoelBD

1. Sfeer Thoery
2. The Phoenix Requiem
3. Papa
4. Toilet genie

Pour finir, je mentionnerai deux très beaux livres de Wenqing Yan, connue sous le pseudonyme de yuumei sur DeviantArt : Knite et 1000 Words disponibles chez 4th Dimension.

Direction Auckland

Ça fait un petit moment que je n’étais pas passée par là. Histoire de dépoussiérer les meubles, ouvrir les fenêtres et laisser le soleil rentrer, j’ai envie de parler d’un livre qui se déroule à l’autre bout du monde. En Nouvelle-Zélande.

Lors de l’achat de Utu de Caryl Férey, j’avais envie d’évasion et d’en apprendre davantage sur la culture maorie. La série néo-zélandaise Mataku est, en partie, à l’origine de cet intérêt et ça m’intéresse de voir comment une culture aussi ancienne trouve sa place dans notre époque actuelle. La cohabitation présent / passé m’a toujours intéressée. Mais j’entends par là, la cohabitation intelligente, pas celle qui vise à se cloitrer dans un carcan conservateur. Et à vrai dire, Utu n’a rien de très conservateur.

Dès la première rencontre avec Paul Osborne à Sydney, j’ai senti qu’il me plairait. Paul, c’est le flic anti-héros. Cabossé par la vie, mal dans sa tête et dans sa peau, obnubilé par son amour d’enfance, la belle Hana, et coincé entre deux communautés. Paul, c’est le flic qui se drogue pour oublier. Paul, c’est le flic au côté sauvage que craigne et désire les femmes. Paul, c’est aussi l’ancien subordonné d’un homme aux méthodes controversées, Jack Fitzgerald. Ce dernier se serait suicidé après le sanglant échec d’une mission. Seulement, cette annonce ne convainc guère Paul, qu’un policier néo-zélandais du nom de Gallagher vient chercher pour résoudre le puzzle incomplet.

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Whislist Mars

Ma pile de lecture pourrait atteindre le plafond, si j’ajoute les bouquins que je veux lire et ceux que j’ai commencé puis abandonné parce que je n’accrochais pas. L’humeur, le style, l’envie du moment mais il y a toujours des livres qui font de l’oeil.

Alors pourquoi ceux-là ?
1 – Ô chevaux, la lumière est pourtant innocente : Un livre écrit après le séisme, après Fukushima. Après avoir lu, l’Archipel des séismes, ce serait une sorte de continuité même si le texte a un angle très différent. J’ai envie de découvrir le ressenti d’un écrivain originaire de Fukushim et ses émotions partagées.
2 – Speculative Japan : Je ne suis pas une grande fan de la Science-Fiction. Je ne déteste pas et je n’en raffole pas. Cependant, je ne demande qu’à m’y intéresser et à découvrir ce genre. Raison pour laquelle ce livre me tente, car c’est le seul genre que je n’ai jamais testé dans la littérature japonaise.
3 – Le bruit du tonnerre : Repéré chez ma deal- libraire préférée, je l’ai reposé en me disant « Tu as déjà assez de bouquins comme ça ! ». La Corée en guerre, l‘occupation japonaise, une héroïne qui me plait bien… Mais Actes Sud a aussi un joli catalogue côté littérature coréenne !

4 – The fox sister : Ou la version papier du webcomic du même nom. Un mélange de fantastique, d’horreur dans la Corée du sud, fin des années 60, début 70.

Et vous, quels sont les livres qui vous tentent en ce moment :) ?

Dans les rues d’Edo

Y a-t-il une époque particulière pour traquer les criminels ? Et si au lieu de porter l’uniforme contemporain des policiers, l’enquêteur était vêtu d’un kimono ?

Si on additionne ces deux idées, on obtient Hanshichi, agent du gouvernement dans le Japon du XIXème siècle et figure de proue de Fantômes et Kimonos. Vivant et travaillant à Edo, notre homme fait face à des mystères qui en méduserait plus d’un. Du kappa battant le pavé en passant par un maître de la lance aux nombreuses victimes au serpent géant résidant dans un manoir loin de toute habitation, le détective, doit donner du sens aux fantômes et aux créatures fantastiques afin de découvrir la vérité.

Autant le dire d’emblée, si j’ai bien aimé la narration présentant Hanshichi entrain de raconter les anecdotes de sa vie passée à un je, relativement, inconnu auquel le lecteur peut s’identifier, le style de Okamoto Kidô ne m’a pas tellement séduite. Enfin cela passe toujours mieux que Soseki Natsume ( Oreiller d’herbe est une de mes bêtes noires ). Il y a quelque chose qui fait, que je n’arrive pas à accrocher. Alors que les intrigues sont plaisantes, Hanshichi fait peut-être trop enquêteur irréprochable mais les autres personnages comme Kôjirô compensent par leur caractère ou leur maladresse. Cependant le réel intérêt des enquêtes réside dans le contexte historique choisi. Les informations sur les usages ( le patronage des manzai, le duo saizô / tayû, le calendrier lunaire ), sur les traditions, la dimension spirituelle (Ojyûa, la pensée shushi) et les fêtes ( fête de rituels de Shinmei, fête des morts ) ainsi que, parfois, des changements entre les différentes ères ( dans le bébé monstre avec l’ère Meiji et l’ère Edo ) ou encore les lois et les peines en vigueur en font un livre riche. Le lecteur s’immerge facilement dans ce quotidien où se croisent artisans, commerçants, bandits repentis, geishas, servantes, professeur de shamisen ou bonze.

Une lecture intéressante pour l’aspect culturel et historique mais je ne classerais pas ce livre dans les incontournables.

Made in Japan

Pour commencer les premiers billets de ce blog, j’ai envie de mentionner une initiative intéressante. Etant donné que je possède déjà un livre de cette maison d’édition et qu’il s’agit du Japon, mon objectivité est à revoir mais ce n’est pas grave. Revenons au sujet principal : en revenant sur Twitter, j’ai découvert un tweet menant à une page Ulule. Plus exactement au projet Made in Japan présenté par les Editions Ecrans.
Made in Japan, qu’est-ce que c’est ? Il s’agit d’un livre dédié à la création contemporaine nippone. L’archipel est souvent considéré comme un vivier créatif mais le livre remplace la création dans un contexte sociale et économique, point intéressant.
Illustration Chisato Shinya

Pour un meilleur aperçu, voici un petit copié/collé au sujet de l’ouvrage.

Made in Japan propose ….
Un édito introductif dessinant les contours de la création japonaise.
Un ensemble de dix chapitres où sont présentés les créateurs, leurs créations par des textes doté d’un ton personnel selon les disciplines créatives suivantes:
– Le design
– L’architecture
– Le cinéma
– La musique
– L’illustration & le graphisme
– La mode
– La photographie
– La peinture & les arts contemporains

Ces 8 disciplines sont complétés par 2 autres correspondant à l’identité culturelle propre du pays.
Avec le Japon, nous pensons à deux disciplines particulièrement innovantes :

+ Le « food » (la création culinaire, les restaurants créatifs, la culture du thé revu par les créateurs…)
+ La bande dessinée (les mangakas de demain, les nouvelles formes de bandes dessinées…)

nao_matsumoto_work
Travail de Nao Matsumoto

 

Mais ce n’est pas tout !
Des entretiens tout au long des dix chapitres de figures majeures des disciplines concernées éclairent la situation actuelle des jeunes créateurs.
Des adresses, sites internet et contacts (dans chaque texte) afin de permettre aux lecteurs d’aller au-delà du livre.
Des photographies des créateurs et de leur création.

Une conclusion qui dresse un constat ainsi que les défis à venir.

Pour les curieux et/ou ceux qui veulent se faire une idée plus concrète du contenu, vous pouvez trouver sur le blog des Editions Ecrans des artistes qui figureront dans le livre. Et pour finir, voici la page du projet !

Etsy, côté graphique

Sur Etsy, on trouve un peu de tout au fond et les amatrices/amateurs d’arts graphiques peuvent aussi y trouver de quoi satisfaire leur intérêt. Des publications indépendantes ou par des petites maisons d’édition, de la couleur ou du noir et blanc voilà ce qu’on trouve en fouillant la catégorie Comic dans Books and Zines.

Pour Noël, c’est trop tard – le temps que je sorte de ma phase d’hibernation tout ça – mais bon commençons notre petit tour :

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