Les travers du Docteur Porc

Résumé : Quittant sa province reculée du nord du Viêtnam, le mandarin Tân a confié la justice du tribunal au pachydermique docteur Porc. Autoritaire et expéditif, ce dernier ne tarde pas à exposer ses travers quand une découverte macabre l’oblige à fourrer son nez dans la fange d’une histoire ancienne. Affairé, il trottine de sessions d’autopsie en séances de chirurgie esthétique, sans oublier de se régaler au passage d’exquises douceurs fourrées à la viande. Ainsi, ne sacrifiant jamais le lard pour l’art, il mène son enquête avec un flair tout particulier, dans une ville où de vieux cochons se frottent à de jolies cocottes. Artiste du scalpel et virtuose de l’acupuncture, le docteur Porc est aussi un maître de l’interrogatoire : pour que les suspects « crachent le morceau », il n’hésite pas à les cuisiner avec des herbes très, très spéciales.

Mon avis : Le titre m’avait interpellée à cause de sa forme en jeu de mots alors quand je l’ai vu dans une librairie pas loin de chez moi, je me suis dit que l’occasion était trop belle ! Et je n’ai pas été déçue.

Dans le Dai-Viêt du XVIIe siècle, Tran-Nhut propose une enquête ardue : la mort d’une jeune fille dont aucune trace n’existe dans les archives. L’intrigue est bien ficelée et jusqu’au bout, il est bien difficile de connaître le fin mot de l’histoire. Plusieurs fois, l’enquête semble toucher à sa fin mais un détail lui redonne toujours de l’élan. Des personnages essaient de brouiller les pistes ou de faire en sorte que le docteur Porc n’arrive jamais à découvrir la vérité. Au travers de ce roman, toute la richesse de la médecine orientale est utilisée. L’appendice fournit d’ailleurs des explications très intéressantes sur les ouvrages mentionnés dans le récit comme le Livre de la réparation des torts. L’écriture de Tran-Nhut est très agréable et on s’imagine parfaitement dans la cité où le médecin évolue. Tout est passé en revue : les moeurs – légères – de l’époque, la nourriture, la vie de la cité et des portraits de femmes qui font terriblement contemporains. Certains sujets intimes sont aussi pour le moins très imagés donnant une touche amusante aux descriptions. Quant aux plats dont raffolent le docteur, ils sont quelque peu.. particuliers, je dirais.

Le protagoniste, le docteur Porc, porte bien son nom. Son corps ne s’accorde pas avec son visage qualifié d’exceptionnellement beau. Ses bonnes manières n’existent pas. Il est une sorte d’anti-héros et une figure totalement opposé à celle du Mandarin Tân. Egoïste, blessant, gourmand, il n’y a pas une pique qu’il ne dit pas. Il abuse du pouvoir confié par le jeune mandarin pendant son absence. Et au moment de faire son rapport, le mensonge lui apparaît être une bonne option pour tourner en sa faveur quelques ratés de son inspection. Les sbires ont bon dos avec lui. Surtout que sa motivation pour mener l’enquête s’avère peu noble. Bien sur, il y a la simulation intellectuelle, montré son savoir et son esprit de déduction… Mais essentiellement l’appât du gain. Recevoir un lingot d’or. Pour le Docteur Porc qui ne rêve que de fortune et de s’installer au coeur de la cité pour attirer une clientèle féminine insatisfaite du travail de Dame Nature. Malgré tout cela, ce personnage est terriblement attachant et ses défauts amusent.

Parmi les autres personnages qui m’ont plue, il y a le Docteur Lakhbir qui permet d’aborder succinctement la situation des Sikhs et du Punjab à l’époque, Mademoiselle Orchidée, l’assistante du Docteur Porc, qui en cherchant à devenir plus belle qu’elle ne l’est, se fait du tort et Madame Melisse qui s’assume pleinement.

Un bon roman policier très plaisant à lire, dépaysement garanti :) !